Le Haut-Rhin est-il en train de devenir un territoire d’innovation numérique à part entière ?
Mathilde Fischer : À une autre époque, l’industrie était considérée comme de la haute technologie. Aujourd’hui, le territoire se réinvente avec une agilité remarquable. L’ouverture dans le Haut-Rhin d’EVA, franchise française, en est une illustration concrète : implanter une arène de réalité virtuelle de pointe à Wittenheim, sur le Pôle 430, c’est participer à cette nouvelle dynamique locale. Nous avons d’ailleurs connu l’un des meilleurs démarrages du réseau EVA au niveau national, ce qui montre qu’il existe une vraie appétence locale. Au-delà de cette réussite, cette arrivée participe à faire émerger un véritable tissu autour de l’e-sport, avec des dimensions sociales, économiques et même pédagogiques.
Quels sont les principaux freins au développement de cette filière ?
Le premier frein reste culturel. Il existe encore une forme de scepticisme face à ces nouveaux usages, et une tendance à associer le gaming à l’isolement. C’est justement ce que nous cherchons à déconstruire. L’e-sport et la réalité virtuelle peuvent être des outils puissants de lien social. Il est aussi important de rappeler que, pour faire de l’innovation, cela ne nécessite pas d’être issu du monde du jeu vidéo. Les nouvelles technologies reposent avant tout sur une capacité à imaginer de nouveaux usages, les plus inclusifs possible. Dans l’arène d’EVA, notre ambition est de générer des souvenirs collectifs, des soirées détections compétitives, la création d’équipes e-sport 100 % féminines ou mixtes et l’ouverture aux entreprises locales pour du team-building.
La position transfrontalière du Haut-Rhin est-elle un avantage pour ces nouvelles pratiques ?
C’est à la fois un défi et une opportunité. Il y a une concurrence, notamment sur le recrutement de la main d’œuvre, mais cela nous pousse à être exigeants. Nous devons proposer des expériences et des projets à la hauteur de ce qui se fait dans des villes comme Bâle ou Fribourg. En attirant des publics variés, y compris des entreprises transfrontalières, nous montrons que le territoire peut rayonner bien au-delà de ses frontières.
Quel regard portez-vous sur l’implantation d’infrastructures technologiques majeures dans le numérique, comme le data center de Microsoft à Petit-Landau ?
C’est une opportunité importante en termes d’attractivité et de crédibilité pour l’écosystème local. Mais pour que cela ait un réel impact, il faut que ces projets s’inscrivent dans une logique de coopération pour les entreprises du territoire. L’enjeu est de créer des synergies avec les acteurs : start-up, entrepreneurs, lieux d’innovation. Si ces grandes infrastructures deviennent des partenaires, voire des catalyseurs, alors elles peuvent véritablement contribuer à structurer l’écosystème.