Dans le Haut-Rhin, cette logique permet de décloisonner les filières, d’accélérer les projets et de renforcer la résilience économique face aux transitions en cours. Pour Sophie Frantz, consultante en stratégie et présidente du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants) Mulhouse, l’enjeu n’est donc plus seulement d’innover, mais d’apprendre à innover ensemble.
Industrie textile, puis automobile… le Haut-Rhin a-t-il dorénavant, selon vous, une étiquette de territoire d’innovation technologique ?
Sophie Frantz : C’est en effet une réalité qui progresse. Lors d’événements nationaux, j’entends de plus en plus d’entrepreneurs évoquer Mulhouse comme un territoire dynamique sur ce plan-là. Des lieux comme KMØ ou la SIM (Société Industrielle de Mulhouse) gagnent en visibilité, et certaines entreprises innovantes commencent à rayonner au-delà de la région. Le véritable enjeu, désormais, est de mieux faire connaître ces réussites et structurer leur visibilité.
Vous parlez d’innovation collective. En quoi diffère-t-elle de l’intelligence collective ? Comment cette approche s’applique-t-elle concrètement au territoire du Haut-Rhin ?
L’intelligence collective consiste à mieux réfléchir ensemble. L’innovation collective va plus loin : elle consiste à produire ensemble, à transformer des idées en actions concrètes. C’est une démarche orientée vers l’impact. Elle implique de croiser les regards, de décloisonner les secteurs et d’accepter de co-construire, y compris avec des acteurs qui ne nous ressemblent pas.
Elle passe d’abord par la création d’espaces d’échanges réels entre entrepreneurs. Ce sont ces lieux qui permettent aux idées de circuler et aux collaborations d’émerger. On en voit déjà avec certains écosystèmes locaux. Mais il faut aller plus loin : intégrer cette logique dans les modèles économiques, dans les modes de gouvernance, et même dans la manière dont les entreprises interagissent entre elles. Il faut accepter que l’on n’innove jamais seul.
Quels sont les leviers pour accélérer cette dynamique ?
Nous croyons beaucoup aux « learning expeditions », qui permettent d’aller observer ce qui fonctionne ailleurs pour l’adapter localement. L’innovation ne se décrète pas, elle se nourrit d’inspiration et de confrontation d’idées.
Et les freins ?
Il existe encore une forme de réticence à collaborer, notamment avec des acteurs perçus comme des concurrents. La confiance est la première condition de l’innovation collective. Sans elle, il est difficile de construire des projets communs durables.
La position transfrontalière du Haut-Rhin est-elle un atout dans cette logique ?
C’est un atout majeur. Nous sommes au carrefour de trois économies fortes, avec des cultures différentes mais complémentaires. Bien sûr, il existe des tensions, notamment sur le marché de l’emploi pour certains secteurs d’activité comme le BTP, par exemple. Mais réduire cette situation à une contrainte serait une erreur. C’est au contraire une opportunité exceptionnelle pour nourrir l’innovation collective, en s’inspirant de pratiques variées et en développant des coopérations à l’échelle transfrontalière.