« Depuis quelques années, l’économie est secouée par le développement de l’innovation : les entreprises ont pris conscience du rôle des start-ups et elles commencent à investir. Pour aider les entreprises, il y a, de la part de l’État, des mesures fiscales qui permettent de se lancer, mais aussi des subventions ou autres aides qui peuvent inciter à innover. Cependant, l’État n’est pas providentiel, il ne peut pas tout faire. Nous ne sommes pas dans une économie collectiviste, mais une économie libre, dans laquelle il nous faut un acteur régulateur, qui impulse l’innovation. L’État joue le rôle d’amorceur. Il y a donc un juste milieu d’intervention à trouver. C’est important d’intervenir dans un contexte où l’environnement économique est en pleine mutation, dans lequel les entreprises peuvent peiner à rester dans la course (changements climatiques, IA…), mais c’est aussi essentiel pour accompagner la montée en compétences. Le principal garant de la promotion sociale en matière d’enseignement, c’est l’État. Cela ne peut pas remplacer le rôle des acteurs privés pour l’accompagnement professionnel.
Il y a un autre paramètre à prendre en compte, c’est le retour sur investissement. Comment l’État peut-il avoir un retour sur investissement lorsqu’il crée de la valeur sur son territoire ? Le choix politique, lui, repose sur les paramètres qu’il choisit de privilégier quand il investit.
Dans tous les cas, je suis convaincu qu’il faille amorcer l’innovation pour les entreprises. C’est ce qui crée la richesse d’aujourd’hui… et celle de demain. »
"Nous ne sommes pas dans une économie collectiviste, mais une économie libre."
Jean-Philippe Loir-Mongazon est directeur du Village by CA Alsace Vosges.
Et maintenant... place à l'audace
Le constat semble clair : au-delà d’appeler à la création de nouveaux dispositifs, regardons ceux qui existent déjà.
Les acteurs interrogés appellent incessamment au rapprochement entre entreprises, chercheurs, entrepreneurs, investisseurs et acteurs publics pour faire émerger plus facilement des projets communs. Mais ils soulignent surtout le besoin de clarté. Comment simplifier pour accélérer le développement d’idées ? Comment accompagner davantage les entreprises, notamment les PME, dans la recherche de financements ? L’articulation entre la recherche publique et le monde industriel constitue également un levier essentiel pour accroître le transfert des connaissances vers des applications concrètes.
Reste enfin la question des compétences et de l’attractivité : attirer les talents, donner envie d’entreprendre et créer un environnement suffisamment stimulant pour que les projets puissent naître, expérimenter et grandir ici. La proximité avec l’Allemagne et la Suisse représente à cet égard une opportunité autant qu’un défi pour le territoire.
Tout ce « laboratoire d’innovations durables » ne se construira donc pas en un jour, ni autour d’un acteur unique. Il prendra forme dans la capacité collective à connecter les bonnes compétences, les bons financements et les bons projets. La question n’est désormais plus seulement de savoir si le Sud-Alsace a les moyens d’innover, mais bien de savoir comment tout ce fourmillement d’idées peut devenir réalité.